lundi 13 mai 2013

Les Traditions



            Une grande partie de l’autorité du prince provient des Traditions de Caïn, ou plus précisément des Anciennes Coutumes, traditions principalement orales de codes de conduite vampirique, basées sur les Traditions. Les Anciennes Coutumes sous-tendent la société Caïnite et sont le seul contrat social réel entre vampires. Les Caïnites respectent un sens strict de la tradition, motivés par la peur de la sanction divine. Les Anciennes Coutumes sont les résidus du règne de Caïn à Enoch, elles sont donc respectées, mais pas toujours suivies au sens strict.
            Néanmoins, les Anciennes Coutumes forment le contrat grâce auquel tous les princes (et seigneurs) légitiment leurs droits de princes. Les Traditions sont également importantes dans l’éducation d’un infant. De nombreux anciens ne considèrent pas qu’un infant est un vampire tant que son père ne lui a pas enseigné les Six Traditions, scellant ainsi son contrat envers Caïn.

La première Tradition : L’Alliance

« Ton sang fait de toi mon enfant, conçu à mon image. Ma malédiction est la tienne, mon salut est le tien. Je me tiens devant et au-dessus de toi, comme ton régent et ton dieu. Je suis le chemin, mes Traditions sont notre Alliance. Renonce à moi et tu renonceras à tout espoir ». Ainsi parla Caïn.
La notion d’Alliance est essentielle pour comprendre les Anciennes Coutumes au Moyen Age. C’est grâce à la Première Tradition en particulier, et à toutes les Traditions en général, que les Caïnites voient en Caïn le monarque de la nuit et affirment que leur lignée est composée d’êtres superbes, maudits autant que bénis. Les Caïnites considèrent les Anciennes Coutumes et l’Alliance de Caïn comme une preuve de leur lien spirituel avec Caïn. Grâce aux décrets des Anciennes Coutumes, Caïn est présent et n’est plus un personnage de mythe ou de légende. En adhérant aux Traditions, les Caïnites confirment leur foi en Caïn et leur nature damnée, pour le meilleur comme pour le pire.
Ceux qui détestent la malédiction se tournent vers la première Tradition pour trouver le salut, espérant qu’en suivant les préceptes de Caïn, ils connaîtront la rédemption. A leur tour, ceux qui cherchent le pouvoir suivent l’Alliance, croyant en la promesse cachée de pouvoir en échange d’un fidèle service. Les princes et les seigneurs, de la même manière, se tournent vers la première Tradition pour légitimer leur règne. Comme les rois mortels qui règnent par investiture divine, les princes citent la première Tradition et l’Alliance de Caïn comme preuve que leur mandat est de régner tout comme Caïn « devant et au-dessus » de tous les Caïnites.

La  deuxième Tradition : Le Domaine

« Tout comme je suis le maître de Nod, ton domaine ne dépend que de toi. Tu en es le maître et tous respecteront ce fait ou subiront tes foudres. Tous se présenteront à toi en arrivant, et tu les protègeras en retour. Il est de ton droit de chasser sur les terres de ton domaine, le sang est le tien. Accepte ces responsabilités, gouverne ton domaine et accorde aux autres le respect que tu veux qu’ils montrent à ton égard ». Ainsi parla Caïn.
La Tradition du domaine a toujours été importante pour les Caïnites, particulièrement en cette époque de relations féodales et de surpopulation vampirique. Au cours des deux derniers siècles, les Caïnites de tout rangs et clans ont désespérément combattu pour des domaines de plus en plus petits, atteignant une frénésie meurtrière au cours des dernières décennies. Le domaine dénote souvent plus que l’influence et la protection. Il accorde au Caïnite des droits de chasse unique en son sein. Avoir une taverne pour domaine fournit un nombre de victimes quasiment illimité, alors qu’un hameau suffit à peine à un seul vampire. Un Caïnite ne sera pas privé de sang tant qu’il a un domaine (quel que soit sa taille) et qu’il le protège en gardant les autres vampires à l’extérieur.
Avoir un domaine signifie aussi que le Caïnite, que ce soit un prince ou un nouveau-né, propose l’hospitalité aux vampires qui viennent et se présentent. Lorsqu’il se trouve sur le domaine d’un autre, un Caïnite se doit d’être traité avec respect. Le possesseur du domaine est responsable de la sécurité et du bien-être de ses invités et doit partager ses terrains de chasse avec eux. Cependant, les invités qui abusent de cet état des choses risquent de sévères sanctions. Récemment, comme les tensions s’accroissent entre princes et anciens, certains ont fermé leur domaine aux visiteurs, s’isolant et condamnant tous ceux qui entrent sur leur domaine sans y avoir été invités à la Mort Ultime.
Le domaine est également la pierre fondatrice féodale du règne des princes. En cette époque de seigneurs et de monarques Caïnites, le domaine est devenu d’une importance primordiale. Un prince étend sont influence en acquérant de nouveaux domaines. Cela lui permet d’accorder des parties de territoires acquis à ses loyaux vassaux, cimentant encore son pouvoir et ralliant de plus en plus de Caïnites à sa bannière. Tout comme les régents mortels prétendent posséder leurs chevaliers, certains seigneurs Caïnites vont jusqu’à inclure dans leur domaine les autres Caïnites et attendent que leurs vassaux leur fournissent un impôt de sang et de victimes en remerciement de leur mécénat « royal » ou du domaine qu’ils viennent de leur attribuer.

La troisième Tradition : La Progéniture

« Tu ne dois en engendrer un autre qu’avec la permission et la bénédiction de ton ancien. Créer est le privilège de ceux qui me sont proches, car il doit y avoir un contrôle. Manque à cette loi et ta progéniture et toi serez détruits ». Ainsi parla Caïn.
Selon la troisième Tradition, seul le plus ancien vampire peut accorder la permission d’engendrer un infant. Cependant, pour autant que les vampires se souviennent, les princes jouissent du privilège de la troisième Tradition. La raison en est simple : il leur faut contrôler et limiter la population Caïnite sur leur domaine. Plus un sujet Étreint d’infants, plus le besoin de sang est grand et moins les terrains de chasse suffisent, limitant la capacité d’un prince à satisfaire ses vassaux. Les princes aiment également ce droit car cela empêche leurs rivaux d’amasser des légions de vampires nouvellement créés en guise de troupes de choc. Un prince peut également promettre une permission d’engendrer en cadeau pour obtenir les faveurs d’un autre Caïnite, ou pour récompenser un fidèle serviteur.
Les vampires qui Étreignent sans permission risquent généralement la destruction de leur infant et, si l’offense est grave, la leur. Peu de princes transigent sur ce point. En réalité, il est impossible de surveiller qui Etreint et qui ne le fait pas. Il est souvent facile pour un père d’envoyer son infant au loin et de le garder secret jusqu’à ce que le moment soit venu. Ainsi, tout prince qui veut garder son fief doit punir sévèrement ceux qui sont pris. Ceux-là doivent servir d’exemple, sinon les autres sujets du prince remettraient en doute son pouvoir et son autorité.

La quatrième Tradition : la Responsabilité

« Ceux que tu crées sont de ton sang, jusqu’à être libérés de ta charge. En attendant ce moment, leurs péchés, leur sang et leurs sanctions seront les tiens ». Ainsi parla Caïn.
Un prince n’accorde jamais le droit de créer à la légère. Une fois qu’il a cette autorisation, le père devient le seul responsable des actes de son infant. Cette Tradition avertit les Caïnites qu’ils doivent choisir leurs infants sagement. La quatrième Tradition impose que le Père éduque et protège son infant. S’il ne le fait pas, la sanction est simple : le père paie les indiscrétions et crimes de son infant. Ceux qui sont réticents face à leurs devoirs de père, et qui laissent leurs infants trop libres, finissent par affronter l’ire et la condamnation de leur prince. Apeurés des conséquences, certains pères obligent leurs rejetons à prêter des serments du sang. Ces serments, qui impliquent de boire régulièrement le sang de leur père, projettent l’infant dans une servitude surnaturellement imposée, garantissant ainsi leur loyauté. La plupart des vampires s’abstiennent de cette pratique car elle tend à transformer les infants en flagorneurs.
La coutume de la quatrième Tradition veut également que le père présente son infant au prince, pour approbation. Le prince décide si l’infant est digne de rejoindre les rangs des Caïnites en tant que nouveau-né ou s’il doit être détruit. De nombreux princes agissent ainsi pour garder leurs vassaux dans le rang. Ils leur donnent le droit d’Etreindre, puis détruisent l’infant sous prétexte qu’il a été mal éduqué.

La cinquième Tradition : la Destruction

« Tu ne dois pas répandre le sang d’un de tes pairs plus âgé. Ce droit appartient uniquement à ceux qui me sont proches et à nul autre. Il est interdit à ceux de sang faible de s’élever contre leurs anciens. C’est ma dernière loi ». Ainsi parla Caïn.
Les princes respectent jalousement la cinquième Tradition, s’en servant comme une carte blanche pour garder leurs vassaux dans le rang et éliminer tout fauteur de troubles. Le droit de détruire un autre Caïnite est le dernier privilège de l’autorité du prince. Non seulement un prince peut engendrer librement et prétendre à un domaine, mais il peut aussi décider de ceux qui méritent la Mort Ultime. Le prince peut utiliser la cinquième Tradition pour punir n’importe quel crime, peut importe qu’il soit trivial ou mineur, sous le prétexte de la Lextalionis, version Caïnite de la justice biblique.
Dans le climat féodal du monde médiéval, le droit d’un prince de détruire un autre Caïnite est souvent considéré comme un don. Les Caïnites de rang, comme le maître de guerre ou le préfet, ont généralement le droit de recourir à la cinquième Tradition pour dispenser la justice et faire respecter le règne du prince. Cependant, la plupart des princes sont prudents lorsqu’il s’agit d’ordonner la destruction de Caïnites vassaux d’un autre seigneur ou prince. Même si certains princes n’hésitent pas, d’autres, plus prudents, renvoient le Caïnite coupable auprès de son prince pour être puni. Si l’accusé n’est pas puni, cela peut alors provoquer une guerre.

La sixième Tradition : le Silence du Sang

« Tu ne dois jamais révéler ta véritable nature à ceux qui ne sont pas du sang. Le faire équivaut à renoncer à mon Alliance ». Ainsi parla Caïn.
Les Caïnites sont peut-être les chasseurs ultimes, mais se montrer imprudent et révéler aux mortels leur vraie nature n’augure rien de bons pour eux. Les vampires ont besoin d’un certain secret et de supercherie pour garder leur royaume nocturne à l’abri des masses de mortels ignorants qui les entourent. La plupart des mortels de l’époque savent que des choses errent dans la nuit, mais ne savent pas vraiment comment se débarrasser d’elles. Si les humains comprenaient totalement les faiblesses et habitudes de la race de Caïn, une grande purge deviendrait possible.
Ainsi les princes font respecter la sixième Tradition à des degrés divers. Certains, principalement les princes de grandes villes, tiennent le silence pour sacro-saint car ils souhaitent que les mortels se leurrent en pensant que les cités fortifiées sont bien plus sûres que les hameaux isolés. Dans d’autres principautés le silence est à peine respecté et principalement ignoré. Il y a des lieux où les Caïnites assistent ouvertement aux cours mortelles, ces fiefs durent rarement plus de quelques décennies, avant d’être passés par la flamme par l’Eglise ou les autres Caïnites. Généralement les Caïnites autorisent les manifestations de leur damnation qui peuvent garder les mortels dans le rang et craintifs et interdisent celles qui peuvent inciter à la résistance organisée. Voir la différence est le propre d’un prince réellement doué.

Dmitri le chasseur, serf révolté

Dmitri le chasseur, serf révolté

Histoire

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Fiche de personnage

                                    Attributs  

Force: ***                   Charisme: **                 Perception: ***
Dextérité: ***            Manipulation: ***         Intelligence: ***
Vigueur: ***               Apparence: *                 Astuce: ****

Disciplines:
-Animalisme:*
-Endurance: *
-Métamorphose: ** 

Voie de l'Humanité
***** * (Aura de normalité: neutre)

Historiques:
-Génération:
-Statut: * (dans la région des Siebenbürgen, notamment au sein du Clan Gangrel)
-Mentor: ** (Mitru, Prince de Cluj-Napoca)
-Contacts: ** (à faire)

Atouts & Handicaps:
Sensibilité céleste (+1): Peut estimer l'heure à quelques minutes près. Avec astrologie, peut prédire certaines conjonctions sans consulter de cartes.
Sans une trace (+2): Les moyens de pistage normaux pour suivre le personnage échouent automatiquement. Les méthodes surnaturelles (comme Auspex) ont une difficulté de +2.
Sans reflet (-1): Ne projette pas de reflet.
Sélectivité (-1): Ne peut se nourrir d'enfants.
Possessions notables:

-dague sacrificielle forgée dans une pierre noire inconnue, découverte dans le sous-sol dissimulé d'un ancien temple romain dans les bois de Mediasch (voir Acte IV)

Le Père Niklaus, prêtre orthodoxe

Le Père Niklaus, prêtre orthodoxe

Histoire

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Fiche de personnage

                                    Attributs  

Force: **                     Charisme: ***                 Perception: ***
Dextérité: ****          Manipulation: ****         Intelligence: ***
Vigueur: ***               Apparence: **                 Astuce: ****

Disciplines:
-Animalisme: 0
-Occultation: ***
-Puissance: ** 

Voie des Cieux: 
***** ** (Aura de sainteté: neutre)

Historiques:
-Génération:
-Domaine: * (le village de Sulina)
-Influence: * (clergé orthodoxe des environs de Sibiu)
-Mentor: ** (Marushka, Prince de Sibiu)
-Contact: * (Ilinka, gouvernante au château de Sibiu)
-Troupeau: * (les habitants du village de Sulina, à quelques heures de Sibiu)

Atouts & Handicaps:
Mémoire eidétique (+2): Ce souvient de tout ce qu'il a vu et entendu dans les moindres détails.
Médium (+2): Capacité naturelle à sentir et entendre les esprits et les fantômes. Possibilité de leur parler et leur demander un service contre un certain prix.
Longs doigts (+1): Un dé supplémentaire à chaque teste concernant la coordination ou la saisie.
Chair cadavérique (-?): 
Sélectivité (-1): Ne peut se nourrir des serfs.


Possessions notables:

-correspondance rédigée en perse ou une langue approchant, découvert dans le sous-sol dissimulé d'un ancien temple romain dans les bois de Mediasch (voir Acte IV)

-parchemin précautionneusement emballé, couvert de symboles cunéiformes, intraduisible en l'état, découvert dans une cachette dissimulée dans une des pièces du sous-sol d'un ancien temple romain dans les bois de Mediasch (voir Acte IV)

Sergeï Strochnis, chevalier Bessarab

Sergeï Strochnis, chevalier Bessarab

Histoire

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Fiche de personnage

                                 Attributs
Force: ****              Charisme: **                Perception: ***
Dextérité: ***          Manipulation: **         Intelligence: **
Vigueur: ****           Apparence: **             Astuce: ***

Disciplines:
-Domination: *
-Métamorphose: 0
-Vicissitude: ***

Voie des Rois
***** * (Aura de commandement: neutre)

Historiques:
-Génération:
-Domaine: ** (manoir situé dans l'Oberstadt, la ville haute, de Sibiu)
-Ressources: *** (héritage reçu il y a peu de sa famille mortelle)
-Statut: * (nouveau-né apparenté à Vladimir Rustovitch)
-Mentor: **** (Vladimir Rustovitch bébé...)
-Contact: * (Dragos Rulienko, noble valaque de la famille Bessarab, vit à Mediasch)

Atouts & Handicaps:
Ambidextre (+1): Pas de pénalité en utilisant deux armes ou en cas d'action avec la "mauvaise" main.
Croisé (+1): Ancien croisé, son statut accorde un statut spécial parmi les chevaliers, seigneurs et dames.
Père prestigieux (+1): Le statut de son Père est important en Europe de l'Est et au sein du Clan Tzimisce.
Résistance (magie Tremere) (+2): +2 aux niveau de difficulté des sorts et rituels de Thaumaturgie visant le personnage. Impossibilité d'apprendre toute forme de magie.

Tolérance à la douleur (+2): Ignorez la pénalité de blessure à 1 dé.
Vindicatif (+3):
Faiblesse féale (-3): Subit la limitation de la famille Bessarab en sus de celle du Clan Tzimisce
Balafré (-2): La peau régénérée après une blessure apparaît sous la forme d'un tissu cicatriciel (augmente les tests sociaux d'un point)
Vengeur (Clan Tremere) (-2): Obsédé par son désir de vengeance vis à vis du Clan Tremere (peut résister avec temporairement avec un point de Volonté)
Dépendance (-3): Dépendant à l'alcool.

Possessions notables:
-un lourd bouclier aux armes de la croisade, richement ouvragé, remis par l'archevêque Vulpesco de Sibiu (voir Acte II)

mardi 9 avril 2013

Acte IV: d'un remboursement d'une dette de sang

Mars 1194

Intermède [Sergeï]: De retour de son expérience mortelle sur les terres Arpad, Sergeï est convoqué par le Voïvode Vladimir Rustovitch pour effectuer un compte-rendu complet de la destruction de Dame Sigrid Arpad. Il en apprend plus sur le Clan Tzimisce auquel appartient son maître, et sa famille, les Bessarab, sur la guerre millénaire qu'ils se livrent contre les autres Clans pour la domination de la région, et sur la menace mortelle que fait planer une nouvelle lignée maudite, les Usurpateurs. Il reçoit des explications sur la mort de Dame Sigrid, et notamment sur la dette dont dispose sa créatrice, la Princesse Nova Arpad, sur sa tête. Les deux camps ennemis sont satisfaits de la disparition d'une infante turbulente, mais les traditions doivent être respectées, et Sergeï en paiera le prix une nuit...

Intermède [Niklaus]: Niklaus reprend sa vie dans son village, désormais convaincu de la justesse de ses actes pour défendre la Vierge des Lépreux, des créatures décadentes et sanglantes qui règnent sur les nuits transylvaniennes. Reprenant ses travaux de sculpture comme sa mission apostolique, il rencontre rarement sa Dame à la lisière des bois obscurs, mais se satisfait de plus en plus pleinement de sa nouvelle condition.

Intermède [Dmitri]: Dmitri a vécu deux longues années dans les bois du domaine de Sigrid Arpad, et ses talents de chasseur et de survivant ont attiré sur lui l'œil exercé de Mitru. Ce dernier a longuement écouté la forêt et les esprits lui compter la Mort Ultime de son ennemie, et il a acquiescé aux recommandations de la Terre. Il compte revendiquer le solide Dmitri, s'il s'en montre digne. Fuyant avec ses nouveaux compagnons, celui-ci trouve sans grande difficulté un poste de pisteur auprès de la maisonnée de Radoslav Bessarab, dont les veneurs ont été décimés par les loups (voir l'acte I). C'est dans les bois entourant Sibiu qu'il rencontre pour la première fois Mitru, qui malgré tous ses talents de forestier parvient à le surprendre sans grande peine une sombre nuit d'automne. Peu de mots furent échangés mais Mitru le soumit et à sa merci, lui offrit ou lui imposa, c'est selon, le premier Lien du Sang. Depuis il revoit le Chasseur lorsqu'il égare ses pas dans les bois, volontairement ou non, et l'emprise de la Bête sur lui grandit de mois en mois. 

Sergeï reçut une lettre cachetée aux armes de la Maison Arpad dans les premiers jours du mois de mars 1194. Immédiatement soucieux, il découvrit dissimulés sous des mots courtois et une écriture déliée une menace à peine voilée. Il avait huit jours pour se rendre à Mediasch, auprès de la Princesse Nova Arpad, pour s'acquitter de la dette qu'il avait envers elle, où son destin serait scellé. Nulle mention n'était faite de ses compagnons de misère, mais après tout, en tant que noble, il semblait légitime qu'il recueille les louanges lors de ses réussites, et qu'il pâtisse de ses échecs... Il décida néanmoins de convoquer rapidement Dmitri et Niklaus, en leur dissimulant qu'ils n'étaient pas directement visés par le parchemin.


Si Dmitri répondit immédiatement à son appel, et se mit à son service comme l'exigeait son rang, il n'en fut pas de même du Père Niklaus, ce qui exigea des deux hommes de se rendre à Sulina, le petit hameau perdu à la lisière de la forêt. Accompagnés de deux gardes mis à sa disposition par le knezi, ils convainquirent sans grande difficulté Niklaus de la gravité de la situation et du danger représenté par la Princesse Nova Arpad, et ils se hâtèrent vers Mediasch.

Après un voyage sans incident, ils traversèrent à la tombée de la nuit les faubourgs de la riche ville marchande située sur les bords d'un des sous-affluent du Danube, la rivière Târnava Mare. Ils gagnèrent sur les indications des gardes la plus riche auberge de la ville, celle du Dragon, située à l'ouest des faubourgs, en direction de Balgrad. Après un repas éblouissant, à peine gâché par les rumeurs qui parcouraient les rangs des notables et marchands attablés dans la grande salle au sujet d'une étrange maladie touchant les animaux depuis quelques mois, nuisant ainsi au commerce, ils échangèrent quelques mots avec l'aubergiste, Ivan Janiseck. Ils repérèrent également un étrange convive au somptueux pourpoint émeraude, attablé seul, et ne faisant mine de ne manger à aucun moment, malgré l'assiette fumante posée devant lui. Souhaitant tester quelque idée, le Père Niklaus proposa à l'aubergiste de bénir son établissement, et priant en agitant ostensiblement sa croix, il se rapprocha de l'inconnu, qui ne fit pas mine de bouger d'un pouce, souriant même au religieux.

La nuit fut difficile pour Dmitri, bien loin d'être habitué à de tels fastes culinaires, et le brave Niklaus s'occupa tant bien que mal du malade avant de rejoindre Sergeï au petit matin pour se présenter à la princesse Nova Arpad. Ils rejoignirent d'abord le château, pensant qu'elle s'y trouverait mais ils découvrirent intrigués que la ville était régentée par un conseil nobiliaire, et les hommes qu'ils interrogeaient ne semblaient pas connaître la Princesse, bien qu'ils reconnussent bien volontiers l'influence de la famille royale de Hongrie sur la ville. Se renseignant plus avant, ils apprirent que la famille Arpad disposait d'un magnifique manoir dans le faubourg, et s'y rendirent. Le Père Niklaus effectua un petit détour, allant interroger quelques bouviers aux alentours de la ville sur l'étrange maladie qui ravageait les bêtes. Il n'apprit pas grande chose de nouveau, mais les jeunes gens lui affirmèrent néanmoins leur certitude dans l'œuvre du démon qui s'était abattu sur la cité.

Enfin les deux hommes parvinrent au manoir, où ils furent introduits par le sénéchal de Dame Arpad, arborant ses couleurs sur sa livrée, les quatre bandes d'argent et quatre de gueules. Ils durent patienter jusqu'à la tombée de la nuit, profitant de l'hospitalité du très riche manoir: bibliothèque largement fourni, boudoir aux tapis et tapisseries splendides, repas aux nombreux mets fins et inconnus... A la tombée de la nuit ils furent convoqués dans une petite étude, où la puissante Nova Arpad les attendait. Vêtue d'une riche robe d'un rouge profond, elles les accueillit d'un léger signe de la main, les invitant à s'asseoir dans les profonds fauteuils de velours. Ses longs cheveux ailes de corbeau cascadaient dans son dos, ne dissimulant rien de sa peau d'albâtre et de son regard bleu de glace qui les scrute avec dédain.

La discussion qui s'en suit fut difficile pour les deux hommes. Le mépris affiché de la créature de la nuit pour les hommes les choqua, de même que certains propos qu'elle leur tint qui leur firent se rendre compte de l'ignorance dans laquelle les laissaient leur maître respectif. Elle leur rappela que leur vie reposait entre ses mains, mais qu'elle leur offrait une chance d'être pardonnés, en lui rendant un service. Plusieurs habitants de la ville ont disparu, dont un de ses suivants. Elle ne se rappelait plus du nom des disparus, excepté celui de Maalivar Hustov, qui régit le quartier marchand depuis l'échoppe des Trois Tonneaux. Elle leur conseille de questionner son sénéchal pour le reste des détails, et éviter ainsi de l'ennuyer plus avant. Et sur un sourire désarmant elle leur donna quatre nuits pour retrouver les disparus, ou sa miséricorde serait nulle et non avenue...

L'enquête des deux hommes les menèrent à questionner et interroger plusieurs mortels, dont le cuisinier de l'auberge du Cheval vert, au sujet d'un des disparus, le tenancier Iaroslav Atov. Ils découvrirent l'existence d'un groupuscule de quatre personnes qui se réunissaient une nuit par semaine. D'après les descriptions et les indices rassemblés par la suite ils firent le lien avec d'anciens cultes païens et remontèrent jusqu'à Dragos Rulienko, un noble valaque récemment arrivé en ville, vassal de la famille Bessarab. Interrogeant le chevalier, ils apprirent le fin mot de l'histoire après quelques menaces déguisées. Dragos et ses comparses adoraient les anciens esprits valaques, et tous les jeudis se rendaient dans un ancien temple romain oublié de la forêt pour honorer leurs Dieux par des sacrifices et des offrandes, notamment à Havnor, Dieu du Ciel. Une semaine auparavant, de noirs démons issus des entrailles de la terre s'étaient jetés sur eux et le noble, effondré, reconnu sa faute et sa fuite éperdue devant les monstres. Ses compagnons furent capturés selon lui, et il vit dans le mépris de lui-même depuis, promettant même à Sergeï de se joindre à lui s'il décidait de partir en quête de ses compagnons.

Avant de partir pour les profondeurs des bois entourant Mediasch, le groupe rencontra un nouveau Caïnite de la cité, Vassily Taltos. En échange d'une dette orale envers le marchand richement vêtu, ils apprirent notamment le nom et la localisation d'un ancien vampire réputé pour sa sagesse et sa connaissance tant de Mediasch que de ses habitants, le Père Fedor Kerinski. Ce dernier résidait au sein de l'église de Sainte-Dymphan, la protectrice des fous et des simples d'esprit, conjurée notamment pour chasser les démons possédant les âmes perdues. Ils furent bien accueillis et obtinrent de nombreuses informations sur le monde de la nuit, s'étonnant une nouvelle fois de la complexité de ses règles, et du peu d'information dont ils disposaient. Il leur enseigna l'existence de nombreux Clans, des lignées de vampires aux pouvoirs et aux humeurs bien différents, et notamment le nom de celui du Prince Nova Arpad, Ventrue. Ils questionnèrent le prêtre sur le terme Caïnite, et en apprirent un peu plus sur la malédiction de Caïn et le meurtre d'Abel. Ils obtinrent peu de réponses sur leurs questions quand aux gargouilles, créations magiques des Tremere ou nouvelle lignée étrangère. Quant à leur enquête, le Père les informa qu'une Enfant de Malkav, Anna, l'avait interrogé sur le Dieu Havnor, et sur les cultes lui étant consacrés. Mais il n'avait jamais entendu ce nom auparavant et et ne pouvait leur en dire plus. Ils firent quelques impairs, rapidement pardonnés par le Père Kerinski qui blâma leurs maîtres de leur manque d'éducation.

Soucieux de ne pas faire d'erreur, et de ne pas froisser la susceptibilité de Dame Arpad, Sergeï et Niklaus se rendent à son manoir pour la rencontrer et lui révéler les informations qu'ils avaient amassées jusqu'ici, ainsi que la marche à suivre désormais. Ils assistèrent à une démonstration des pouvoirs charismatiques surnaturels de la princesse, qui les abasourdit de sa présence et leur imposa de ne venir trouver son auguste personne qu'avec une preuve formelle de la mort des disparus. Ne se risquant pas à un conflit potentiel avec la noble Caïnite ils décidèrent de quitter la cité à l'aube le lendemain pour gagner le temple, accompagnés et guidés par Dragos Rulienko. Dmitri ayant récupéré de sa soudaine maladie, ils s'assurèrent également des deux gardes confiés par le knezi de Sibiu. Après quelques heures de marche à travers les bois, où disparut peu à peu toute présence animale, ils gagnèrent l'ancien édifice en ruine;

Une clairière abrite les restes effondrés d'un temple de pierre blanche. Une grande arche permet d'accéder à l'intérieur, où subsiste quelques colonnes. La majeure partie du bâtiment est néanmoins effondrée, et les lourdes pierres sont recouvertes par une végétation agressive, ronces, orties... Seul un petit périmètre semble régulièrement dégagé à l'entrée, permettant d'y accéder sans difficulté. Ils découvrirent sur le sol de pierre et les murs de nombreuses traces de lutte, du sang et des brûlures. Un petit autel de bois est encore recouvert d'offrandes, notamment de petits objets de bois et de métal, ainsi que des ossements manifestement animaux. Dmitri, à l'aide des explications de Dragos et ses talents de pisteur, reconstitua la bataille perdu par les disparus, et vit qu'une des colonnes dissimulait sans doute une entrée secrète. Une fois le lierre et les mauvaises herbes retirées, ils découvrirent de nombreuses inscriptions ésotériques, certaines même sataniques selon le Père Niklaus mais aucune trace d'un mécanisme dissimulé. Un seul mot put être décrypté par le groupe, Baal.

Sergeï et Dimitri harnachèrent alors les chevaux à des cordes pour briser la colonne, et peut-être révéler une entrée secrète. En effet un puits obscur s'ouvrit devant eux lorsque le lourd tronc de pierre s'abattit au sol, révélant un étroit escalier en colimaçon taillé dans le roc. S'armant de torches et de courage, ils descendirent de quelques mètres dans les profondeurs de la terre, découvrant une immense pièce circulaire de la taille du temple, au sol spongieux jonchés de cadavres d'animaux à divers stades de décomposition. Deux couloirs en partaient. Le premier les mena à une petite chambre à peine meublée, d'un simple lit de bois et de paille, de quelques étagères et d'un bureau couvert d'artefacts qui les firent frissonner de dégoût: statuettes démoniaques couvertes de sang séché, crânes et os étranges, bougies noires, amulettes singulières. Dmitri découvrit une dague sacrificielle qui lui semblait avoir quelques valeurs et la dissimula dans son havresac. Sur un des murs, en hauteur, une inscription en latin défia leurs talents d'interprète mais fut apprise par cœur par le Père Niklaus. Une correspondance relativement récente se trouvait sur le bureau, rédigée dans une langue qui leur était complètement inconnue. Enfin, dans une cachette secrète dissimulée dans un des murs, ils trouvèrent précautionneusement emballé un parchemin couvert de symboles cunéiformes, visiblement très ancien.

Le deuxième couloir les mena à une geôle abondamment doté en matériel de torture: chevalet, croix de Saint-André, outils divers... Trois hommes y étaient enchaînés. Deux d'entre aux semblaient encore en vie, bien qu'aux portes de la mort, leur corps littéralement supplicié. Le troisième n'était plus qu'un cadavre, les yeux brûlés au fer rouge, la langue arrachée, un pieu de bois planté dans le cœur. Ses membres rigidifiés semblaient indiquer une mort déjà ancienne. Le Père Niklaus tenta d'aider les deux pauvres hères, que Dragos reconnut comme ses compagnons, Iaroslav Atov et Dimitri Balas. Malheureusement leurs blessures tant physiques que spirituelles ne permettaient qu'une mort douce pour abréger leur calvaire, miséricorde que leur accorda le prêtre. Sur les conseils de Sergeï ils enveloppèrent le troisième corps des vêtements et tissus découverts dans la chambre, afin de le protéger du soleil, se souvenant du destin de Sigrid Arpad. Sans grande difficulté ils mirent également le feu à ce qui pouvait être détruit, avant de quitter le temple maudit.

Regagnant Mediasch avant la tombée de la nuit, ils patientèrent à l'entrée du manoir Arpad, pour être reçus une nouvelle fois par le sénéchal, puis par le Prince. Ils apprirent avec grande surprise que Maalivar Hustov, bien qu'empalé, était toujours en vie, ou quelque soit le terme utilisé pour un non-mort. Nova Arpad sembla se désintéresser du sort des deux mortels ou des descriptions qui lui firent des lieux de captivité des prisonniers, mais blêmit à la mention du mot "Baal", chose que le chevalier Sergeï ne remarqua qu'un court instant . Elle le dédouana de sa dette envers elle, et se fendit même d'un cours remerciement, leur offrant l'hospitalité de sa ville lorsqu'il souhaiterait y venir pour affaires. Ne souhaitant pas s'attarder plus longtemps, ils passèrent néanmoins échanger quelques informations avec le Père Fedor Kerinski qui leur traduisit notamment l'inscription en latin "A la gloire de Rome, signé du nom d'Artémus Démus Scipion". Ils repartirent à l'aube le lendemain pour Sibiu, et regagnèrent sans difficulté leurs pénates. Ils interrogèrent leurs maîtres au sujet de l'étrange parchemin, mais nul ne sut ne serait-ce que leur indiquer la langue utilisée. Quand aux lettres, il s'agissait selon le Voïvode Rustovitch d'un dialecte venu du loin orient. Ne disposant pour le moment d'aucun autre moyen de traduire leurs trouvailles, ils les conservèrent précieusement en attendant de découvrir un érudit capable de les aider.  


dimanche 7 avril 2013

Acte III: du vrai visage de ses amis et de ses ennemis

Juin 1193

Plusieurs mois passèrent, et Kiklaus comme Sergeï recontrèrent à plusieurs reprises leur protecteur nocturne, veillant à leur intérêt, l'assurant de leur loyauté. Le lien de sang était désormais puissant, et leur âme bouillonnait de nombreuses images. Leurs rêves hantaient leurs journées, même les plus lumineuses, et les deux occupaient les longues heures qui les séparaient de leur maître, soit par la prière et la sculpture pour Niklaus, soit par une frénésie orgiaque dans les bouges de Sibiu pour Sergeï.

Ce ne fut qu'au début de l'été que ce dernier reçut une missive de Vladimir Rustovitch lui demandant de se rendre dans un knezat situé à mi-chemin entre ses terres et Sibiu. La réputation de la dirigeante des lieux semblait avoir un effet néfaste sur la politique régionale, et risquait même de rejaillir sur le voïvode. Le courrier suggérait à Sergeï d'être discret dans la résolution de cette affaire. Niklaus devra se joindre à lui, à la demande de Marushka, qui dirigeait depuis les sombres bois alentours le knezat de Sibiu, et se retrouvait malgré elle impliquée.

Une semaine de voyage les mena au domaine dirigé par Sigrid Arpad. Les villages et hameaux qu'ils traversèrent ne se distinguaient pas des précédents, les paysans et les serfs avaient l'air tout aussi apathiques, et détournaient les yeux en s'inclinant au moindre regard insistant du chevalier. Ils remarquèrent néanmoins le peu d'enfants jouant entre les pauvres chaumières.

Parvenus au manoir, un lourd et fonctionnel édifice fortifié situé sur une colline et entouré d'une solide palissade, le père Niklaus s'étonna de trouver un petit monastère situé dans l'enceinte. Une église de style occidental et deux bâtiments accueillaient une petite communauté de moines, à quelques mètres seulement du château seigneurial. Les serviteurs vaquaient à leurs occupations sans se soucier des visiteurs, malgré les nombreux regards curieux qui leurs étaient adressés. Aux portes du manoir, un homme du nom de Friederich, qui se présenta comme le sénéchal du domaine, leur offrit l'hospitalité et les convia au repas du soir en présence de sa dame.

Après quelques ablutions, Sergeï et Niklaus furent conduits dans la salle de réception où une poignée de membres de la maisonnée étaient installés autour d'une lourde table de bois que dominait le siège de Dame Sigrid Arpad, une magnifique trentenaire richement vêtue. Elle reconduit l'offre de bienvenue de son sénéchal et les invita à prendre place à sa droite et à sa gauche, se réjouissant d'avoir des visiteurs. Leur regard fut attiré par l'immense et magnifique tableau qui trônait sur le mur au dessus de leur hôtesse. Il représentait la Dame durant un banquet, entourée de convives archétypaux : un seigneur, un chevalier, un mendiant, un ménestrel, un prêtre... festoyant gaiement autour d'un fastueux repas.

Dame Sigrid s'extasia d'avoir des hôtes et leur présenta les quelques membres de sa maisonnée présents. Sa dame de compagnie, une femme d'un certain âge, qui répondait au nom de Mathilde. Son sénéchal, qu'ils avaient déjà rencontrés, et une poignée de notables. Ils s'étonnèrent néanmoins lorsqu'elle leur présenta son héritier, une homme d'une quarantaine d'années à la lippe boudeuse, Félix. Le repas fut délicieux, et à peine interrompus par les incessantes questions qu'elle leur posa sur le monde extérieur, les dernières nouvelles d'Hermmanstadt, ou les activités de la noblesse des environs. Plus le temps passait et plus Sergeï et Niklaus se rendirent compte qu'aucun voyageur ne semblait s'arrêter au manoir, ni marchand ni seigneur des environs.

Repus et fatigués, ils furent reconduits à leurs chambres où ils passèrent une nuit détestable, hantés par un cauchemar récurrent. Le festin de la veille s'était transformé une sanglante bacchanale cannibale ; les mets fins remplacés par des corps d'enfants et des morceaux de chair crue et sanglante. Le tableau était désormais peint avec du sang, les convives remplacés par des monstres des légendes slaves : vampires, ogres et autres créatures surnaturelles. L'âme troublée, le Père Niklaus chemina jusqu'au village le plus proche du château pour se remettre de ses rêves atroces, mais se rendit compte rapidement que les animaux grognaient à son approche avant de fuir. Les deux seuls enfants qu'il découvrit jouant devant une des maisons, à peine une hutte de bois et de chaume, déguerpirent en criant avant qu'il ne puisse leur adresser la parole. Mal à l'aise et étonné, il décida de s'adresser aux moines et ces derniers lui expliquèrent la raison de leur présence inhabituelle sur les terres d'un boyard. Jadis, un des ancêtres du précédent seigneur, l'époux décédé de Dame Sigrid, offrit aux moines de s'installer en ces lieux en échange de leurs prières. La région étant alors peu sûre, la petite communauté accepta et payait à ce jour encore sa dette envers la famille.

Sergeï et Niklaus apprirent peu après que Félix était le fils de la Dame, chose bien évidemment impossible car physiquement il pouvait être son père! Enquêtant auprès des serviteurs et des membres de la maisonnée, ils découvrirent une cuisine rutilante, qui ne semblait jamais utilisée. Le cuisinier, Tobias, au regard sadique et au front bestial, semblait néanmoins dissimuler quelques secrets derrière une lourde porte fermée à l'arrière de la cuisine. Interrogeant la dame de compagnie cette fois, cette dernière s'enferra dans ses réponses mais ne révéla rien de plus aux deux enquêteurs. La discussion avec l'héritier présomptif fut plus instructif, Sergeï découvrit rapidement son alcoolisme et sa bestialité. Jouant le jeu, il obtint de Félix le nom de celui qui pouvait l'aider à assouvir quelques vices avec une jeune paysanne. Tobias. Entreprenant ce dernier, il reçut quelques minutes après une des servantes, la robe déchirée et le visage tuméfié. La calmant, il essaya d'en savoir plus sur le château et ses occupants, bientôt rejoint par le Père Niklaus. Ils découvrirent alors que de nombreuses disparitions d'enfants avaient eut lieu dans la région, sans nul doute organisées depuis le château. Outrés, ils promirent protection à l'éplorée jeune fille, et un poste dans une riche maison à leur retour à Sibiu.

Échaudés, ils cherchèrent des réponses auprès de l'abbé, le Père Gustav, qui reconnut n'avoir pas été complètement honnête avec Niklaus. Il lui raconta la malédiction régnant sur le château depuis la mort du précédent seigneur, Werner. Il retraça la tentative menée près de vingt ans en arrière pour brûler Dame Sigrid, qu'il décrivit comme un monstre, et le bûcher qui refusait de s'embraser. Il rapporta son entretien avec le Démon selon lui responsable de la situation, et la vision du pays en flamme, ravagé par la guerre et la famine si la Dame périssait. Il hait Dame Sigrid mais est étroitement tenu par la promesse et la peur. Niklaus extorquaanmoins de dissimuler la jeune servante dans les cuisines du monastère jusqu’à leur départ, afin qu'elle ne subisse pas quelque funeste sort. La culpabilité de l'abbé aidant, il accepta si cette dernière jurait de ne jamais quitter la pièce.

Sergeï et Niklaus rencontrèrent un jeune et solide gaillard à l'entrée de l'enceinte, Dmitri, vêtu comme un forestier et armé d'un robuste arc de chasse. Il s'entretint à mi-voix avec eux et leur expliqua la situation, le viol et la mort de sa femme et la disparition de ses enfants alors qu'il était à la chasse deux ans auparavant. Il avait alors fui dans la forêt, vivant d'expédients, de braconnage et de quelques commerces avec les environs, ne s'éloignant jamais trop longuement. Il avait entendu parlé des visiteurs par les villageois et leur demanda avec rage de l'aider à trouver le coupable. Sergeï se proposa de le faire passer pour son écuyer afin de lui permettre de pénétrer le manoir. Leurs soupçons se tournaient alors sur le dépravé Félix. Ils décidèrent de confondre Dame Sigrid en lui expliquant les horreurs qui se passaient sur son domaine lors du repas du soir.

Au cours du dîner, évitant de toucher à toute nourriture, ils n'hésitèrent pas à entreprendre Dame Sigrid, accusant notamment Tobias. Après avoir demandé à sa maisonnée de quitter la pièce, elle rît de leurs accusations, s'enorgueillissant de sa condition, de ses actes, riant de leur morale. Elle considérait ses gens comme à peine mieux que du bétail et selon elle qui pouvait regretter de manger du bœuf ? Elle fut suffisamment hautaine et immonde pour les pousser dans leurs retranchements. Ils quittèrent la salle de réception en l'assurant qu'ils seraient partis le lendemain à l'aube. Mais finalement ils décidèrent de rester, après avoir mis en place un plan pour détruire la créature et libérer la région de son influence. Ils rencontrèrent une nouvelle fois Félix, qui ivre mort leur révéla toute sa haine et sa rancœur pour sa mère, responsable de la mort de son père et de sa situation actuelle, à attendre éternellement un héritage qu'il ne verrait jamais. Il les assura de son soutien entier s'ils la détruisaient lors de la journée à venir, offrant de crucifier Tobias à Dmitri après lui avoir assuré que le cuisinier était l'âme damnée de Dame Sigrid, responsable de la majorité des enlèvements et des atrocités.

Renforcé dans leur détermination, les trois hommes se calfeutrèrent dans une des chambres pour assurer leur sécurité et attendre l'aube. Au petit matin ils récupèrent de l'huile pour lampe auprès d'un serviteur et en remplirent une outre afin de bouter feu à Dame Sigrid pendant son sommeil diurne, seule arme qu'ils connaissaient contre ces monstres. La chambre était gardée par un garde mais ils le maîtrisèrent sans peine, et silencieusement. Malheureusement ils ne purent crocheter la serrure, et se résolurent à enfoncer la lourde porte de bois qui protégeait les appartements de la maîtresse des lieux.

Le petit salon était vide, les épais volets de bois clôts et dissimulés par de riches rideaux incapables de laisser passer la lumière. Désormais sûrs d'avoir été repérés, ils se précipitèrent vers la seconde pièce, occupée par un gigantesque lit sur lequel reposait le corps rigide et sans vie de Dame Sigrid. Sergeï commença immédiatement à verser de l'huile sur les riches draps et les vêtements de la créature tandis que Niklaus s’escrimait à ouvrir les volets. Les paupières du vampire s'ouvrirent et son buste se redressa en une équerre parfaite. Elle fixa de ses pupilles d'un noir de jais le chevalier qui se mit à hurler de terreur et se rua vers l'extérieur, bousculant et frappant Dmitri qui attendait patiemment à la porte de la chambre le moment de jeter sa lampe sur la couche. Ce dernier se reprit suffisamment vite pour ne pas laisser le vampire jeter un nouveau maléfice et jeta sa lampe, leur dernier espoir. En quelques secondes le lit comme le corps de Dame Sigrid prirent feu, et son hurlement fut bien plus terrible encore que celui de Sergeï. Elle se rua vers la porte, Dmitri ne se jetant qu'avec chance au sol pour éviter le monstre enflammé, ne laissant pas même le temps à Niklaus d'offrir une lumière salvatrice au groupe. Heureusement la bête rendue folle de douleur se retrouva prise au piège devant le couloir ensoleillé et les flammes et se roula au sol dans le salon, tentant d'éteindre le feu brûlant. Dmitri eut la présence d'esprit de jeter l'outre encore à moitié pleine de combustible sur le brasier vivant, et le vampire explosa.

Les deux hommes n'eurent pas le temps de se ruer à l'extérieur avant l'arrivée des gardes, mais Niklaus put les convaincre qu'ils étaient venus à cause des cris et qu'ils avaient découvert le début d'incendie. Il ordonna aux gardes de se ruer chercher de l'eau et d'avertir l'ensemble de la maisonnée pour créer une chaîne depuis le puits pour éviter que l'ensemble du manoir ne brûle, escomptant profiter de l'agitation pour fuir discrètement.

Ils n'eurent cependant pas cette chance. Découvrant Sergeï enfermé dans sa chambre, ils durent attendre qu'ils reprennent ses esprits et défasse la barricade qu'il avait élevé contre la porte dans son moment de terreur passé. Se saisissant de leurs maigres effets, ils sortirent du manoir alors que les serviteurs et les moines, alertés par les cris comme par la noire fumée s'échappant du dernier étage, formaient une chaîne humaine armés de sceaux et de baquets. Murmurant une prière pour franchir l'enceinte sans être vus ils déchantèrent lorsque l'abbé Gustav cria aux gardes présents de les arrêter, les accusant de l'incendie d'une voie stridente.

Deux hommes d'armes dégainèrent sans conviction et s'avancèrent, malgré les démentis du Père Niklaus et les ordres contradictoires de Sergeï. Ce dernier saisit donc sa lourde épée et se mit en garde, menaçant, tandis que Dmitri encochait une flèche et tirait, blessant légèrement un des hommes. Le second reçut la lame du chevalier valaque dans la poitrine, et recula, titubant, tentant d'arrêter hémorragie. Quelques passes lui suffirent pour blesser également l'autre soldat aux prises avec Dmitri et ils purent s'éloigner à grands pas vers la porte du château. Niklaus les rejoint bientôt, tirant par le bras la jeune servante qu'il avait dissimulé au monastère la veille, et ils purent enfin quitter ce lieur maudit sous les malédictions des moines, et la pluie de cendre s'échappant du manoir en flammes.

Sibiu/Hermannstadt

[Attention, cette page est amenée à évoluer au fur et à mesure que les joueurs exploreront la ville et découvriront ses secrets les plus obscurs.
Mise à jour: 07/04/2013]

Sibiu est traversée par la petite rivière Cibin, affluent de la rivière Olt, elle-même tributaire du Danube. Fondée par des colons allemands au début du XIIe siècle, la ville se trouve à 20 km des montagnes de Făgăraș, à 12 km des montagnes de Cibin et à 15 km environ des montagnes Lotrului. Au nord et à l'est, Sibiu confine au plateau des Târnave, qui descend vers la vallée du Cibin par la colline Gușteriței. C’est ici que convergeaient les principales routes commerciales de Transylvanie, y compris celle vers le sud, en direction de la Valachie, par le défilé de la Tour rouge. La noblesse saxonne et magyar, par l'action de la famille féale Bessarab et l'appui de la puissante Caïnite Marushka, s'est vu confisquer le pouvoir politique au profit de l'ancienne élite nobiliaire slave. Le knezi actuel est Radoslav Bessarab qui règne sur la région depuis son château de l'Oberstadt.

Oberstadt, la ville haute : bâtie sur la colline dominant la rivière Cibin, la ville haute abrite la noblesse et le château du knezi Bessarab. La Piață Huet (littéralement « la toute petite place », la plus ancienne) accueille les artisans et les marchands les plus riches et influents de la ville, notamment la puissante corporation des drapiers. La prévôté, un puissant bâtiment fortifié de deux étages, s'y trouve également. Une récente église romane se trouve dans le quartier, construite par les donations de riches saxons récemment immigrés.

Le château d'Hermannstadt : Surplombant la cité, le château transylvanien est composé d'une vaste esplanade entourée de remparts massifs. Le château est constitué d'un puissant donjon carré de trois étages. Le premier niveau abrite les cuisines et dépendances nécessaires aux domestiques et serviteurs. Le donjon abrite également au troisième étage les appartements du knezi et de sa famille, ainsi que les logements des chevaliers attachés à son service. 
Un chemin fortifié donne sur l'entrée de la place forte. La porte est composée de deux panneaux de bois cloutés. Le passage est doublé par une lourde herse en acier. L'entrée du château est surveillée par deux imposantes tours de garde dont les murs sont percés de nombreuses meurtrières. Juste derrière se trouve les écuries et les chevaux, la réserve de foie et de paille et le dortoir des palefreniers. Derrière les écuries, la forge et l'armurerie ainsi qu'un corps de garde. Les logements des domestiques se trouvent non loin. Un chemin de ronde parcourt tout le pourtour des remparts. 

La corporation des drapiers : un des plus grands bâtiments de la ville accueille la corporation des drapiers, régi par un conseil des maîtres de neuf membres. Riches marchands ou artisans de talents, ils maintiennent par le biais d'une milice privée l'ordre dans le quartier, s'assurant du soutien de la plupart des autres commerçants, et frappant les contrevenants et les opposants, dominant de fait l'économie grandissante de la ville. Depuis peu leurs réunion se font plus fréquentes et l'on murmure que des projets d'ampleur sont en cours.

L'église Sainte-Anne : récemment construite, elle attire les très nombreux saxons qui ont refusé de se convertir à l'orthodoxie à leur arrivée en Transylvanie. Le prélat en charge, un ancien Abbé, le Père Feldorf, espère recevoir rapidement le titre d'évêque et de disputer à son rival orthodoxe la domination spirituelle sur la ville.

Unterstadt : Les maisons à deux étages et à vaste toiture, d’une architecture assez rustique, dotées d’un portail donnant accès à une cour intérieure, sont caractéristiques de ce quartier. La place Dragoner peut être considéré comme le centre de la ville basse, la place Fingerlingsplatz (place des orfèvres) est une des plus riches et des plus fréquentées. L’église de l’Ordre du Saint-Esprit (orthodoxe, aussi appelée église de l'Asile) entreprit de fonder ici le premier hospice pour malades et nécessiteux.
Personnalités importantes : le métropolite Vulpesco règne sur un puissant clergé comportant de nombreux prêtres et diacres. Sa domination est aujourd'hui remise en cause par la part croissante de saxons, catholiques, qui ont bâti une église et soutenu la construction du couvent dominicain. Personnage décadent et peu recommandable, il cherche actuellement des appuis auprès de la vieille noblesse roumaine pour empêcher les catholiques de renverser son hégémonie, et la leur.

Extérieur : le couvent dominicain de la Sainte-Croix est situé contre le mur d'enceinte.